dimanche 14 mai 2017

My heart belongs to Oscar (Présentation)



My heart belongs to Oscar est la palpitante histoire de mon amour pour le pianiste de jazz Oscar Peterson.
Plus qu'une figure qui compte pour moi, ce pianiste de jazz canadien né à Montréal en 1925 m'a valu vers vingt ans l'un des plus grands coups de foudre de mon existence.
Ça commence à la fin du siècle dernier. Une amie m'emmène à un cours de jazz d'abord et puis chez un disquaire où, presque par hasard, j'achète un disque de ce jazzman dont je ne connais alors que le nom. Rentré chez moi, j'ai découvert une musique qui m'a fait décoller vers un swinguant septième ciel dont, même si bien sûr nous eûmes des orages, je ne suis jamais redescendu. Avec son art inimitable de jubiler au présent et en swing, Oscar a bouleversé ma vie. Tombé sous le charme du virtuose, ne me restait plus qu'à plonger corps et âme dans le jazz et le swing.
Une grosse quinzaine d'années plus tard, en jouant My heart belongs to Oscar, l'heure est venue de raconter en mots et en notes ce que je dois à Peterson, ce que furent mes efforts pour tenter de lui ressembler et ce qu'il m'a fait découvrir: le swing, l'improvisation, le jazz, ceux qui l'aiment et ceux qui en jouent.
Dire comment dans les années 2000 un intello, blanc et gringalet devient dingue d'un musicien noir qui fait le double de son poids et qui est une légende du jazz du siècle passé, c'est, sur un ton enlevé, raconter la vie de Peterson, faire partager ma passion du jazz et, aux côtés de mes amis musiciens, c'est proposer, en direct, en chair et en notes, une souriante leçon de musique.
Voilà qui vaut son coup d'oreille autant que son coup d'œil!

Pour connaître les prochaines dates du spectacle :

Twitter : @RomainVillet

vendredi 5 mai 2017

My heart belongs to Oscar (bande annonce)

Quand j’ai été invité il y a peu à la radio pour parler d'une rencontre qui a changé ma vie, j’ai pas eu beaucoup à me creuser la cervelle pour savoir que je parlerais du pianiste Oscar Peterson.
Le problème, c’est qu’on m’a donné cinq minutes. Et puis pour raconter comment Oscar m’a donné envie de devenir jazzman, il aurait au moins fallu avoir un piano sous la main pour joindre le swing à la parole. Là, on s’est contenté de me tendre un micro dans lequel j’ai donc raconté comment, vers vingt ans, une copine m’a emmené à un cours de jazz d’abord et puis chez un disquaire où j’ai acheté presque par hasard, parce que je connaissais son nom, un disque d’Oscar Peterson. C’était un disque enregistré en live au festival de Montreux en 1977. Je suis rentré chez moi, j’ai mis ce disque sur la platine et j’ai entendu ça !
Ça, c’est un standard de jazz qui s’appelle "There’s no greater lov"'. En français, ça veut dire « y a pas de plus grand amour ». Ça aurait pu être le titre du spectacle que je suis en train d’écrire sur Oscar, sur ce que je lui dois, sur la manière dont j’ai passé des heures à essayer tant bien que mal de l’imiter, et aussi sur ce qu’il m’a fait découvrir, le swing, l’improvisation, le jazz, ceux qui l’aiment et ceux qui en jouent. On dit que l’amour rend aveugle ; moi ça me rend plutôt bavard donc je ne vais par tout dire ici. Mais je vous donne rendez-vous dès que j’aurai fini de concevoir ce spectacle qui s’appellera "My heart belongs to Oscar". Ça racontera l’histoire d’un intello tout blanc, gringalet, qui, dans les années 2000, devient raide dingue d’un canadien tout noir qui pèse deux fois son poids et qui est une icône du jazz des années 50s. Le principe, ce sera de tout  raconter, l’histoire et ses rebondissements, avec une scène sous les pieds et un clavier sous les doigts. Je vous dis donc à bientôt et d’ici-là, je vous en joue une dernière pour la route, celle par quoi tout a commencé pour moi, celle qui venait juste après There’s no Greater love sur mon premier cd d’Oscar et qui s’appelle "You look good to me".


jeudi 4 mai 2017

La Disparis-son

Pour la plupart des lecteurs, La disparition de Georges Perec est un livre qui évite à l’œil de croiser le E. Ce ne fut pas mon cas. Je l'ai lu par les oreilles. Ce qui m'a frappé, c'est combien l’absence de la lettre la plus courante de la langue française en modifie le rythme et la sonorité.

Quelques jours après avoir entendu La disparition, je suis allé pour la première fois de ma vie à l'opéra. J'ai assisté à La somnambula de Bellini. Représenté pour la première fois en 1831, c'est l'histoire d'une femme somnambule qui découche en dormant et sans s'en apercevoir. Ses virées involontaires, comme on l'imagine, fâche franchement son fiancé officiel.

 Rentré de l’opéra Bastille, la tête pleine de Perec, j'ai raconté ma soirée en deux épisodes réunis ici dans un seul fichier.

La disparition tomba d’un stylo, La disparisson transita par un micro:

Voix sans issue

A force de travailler pour moi, deux de mes voix synthétiques en sont venus à se parler. Espionnant leur échange, j'ai capté ce dialogue entre Mélodie L'aiguë et Jean-Sébastien Basse. Malheureusement, leur rencontre est impossible...



dimanche 6 novembre 2016

Marcel Proust et le téléphone

Que fait Marcel Proust à Fontainebleau en octobre 1896 ? Il téléphone ! À qui ? À sa mère bien sûr ! La conversation terminée, il en tire un « petit récit » à peine romancé qu’il joint à une lettre à sa mère, « petit récit que je te demande de garder et en sachant où tu le gardes car il sera dans mon roman ». À la recherche du temps perdu ne commencera à paraître qu’une quinzaine d’années plus tard mais le jeune Proust ne doute pas que l’expérience téléphonique qu’il vient de vivre alimentera son œuvre future.
Très sensible aux voix, passionné par les conversations, il est fasciné par le téléphone. Les évocations directes ou métaphoriques de ce qu’il appelait les « téléphonages » pullulent sous sa plume et leur étude fournit de précieux renseignements sur le travail de l’artiste.
En rendant possible le miracle d’une conversation entre deux interlocuteurs que la distance empêche de se voir, l’invention d’Alexander Graham Bell instaure un nouveau type de relations à l’observation desquelles Proust s’emploiera avec la minutieuse sagacité que nous lui connaissons.
Dans une certaine mesure, le téléphone est à l'éloignement dans l'espace ce que la petite Madeleine est à l'éloignement dans le temps : un moyen de rendre présent ce qui n’est pas ou plus là.

Suivre le fil du téléphone non seulement dans l’œuvre mais également dans la correspondance, c'est tirer le portrait d’un écrivain qui, loin d'être seulement le peintre de la fin d'une époque peuplée de ducs et de duchesses, est aussi le témoin attentif de l’avènement du monde moderne. Mais c'est surtout une façon originale d’entrer en contact ou de poursuivre la conversation avec un génie dont la voix, toujours présente, n’en finit pas de nous toucher et de nous parler.

Confé-concert : « Proust et le téléphone » samedi 17 décembre 2016

Samedi 17 décembre 2016 à 15h30 et 20h30, je prononcerai une conférence intitulée « Marcel Proust et le téléphone » à l’hôtel de Londres de Fontainebleau, c’est-à-dire à l’endroit même où l’auteur de À la recherche du temps perdu a découvert le téléphone. Parce que entre Marcel Proust et la musique se nouent des liens indéfectibles, j’aurai le plaisir d’être accompagné au piano par le très grand virtuose Jean Dubé et au violon par Gabriel Drossart de l’association « Faites entrer les musiciens ».

Tarifs, renseignements et réservation :
- par email : faitesentrezlesmusiciens@gmail.com
- par téléphone : Catherine Galitzine 06 13 52 60 37



mercredi 4 mai 2016

Les dialogues du solitaire


Aphorisme dialogué :
Blaise Pascal : «j’ai dit souvent que tout le malheur des hommes vient d’une seule chose, qui est de ne savoir pas demeurer en repos dans une chambre.

—A moins que chez certains, confinés dans une paisible et casanière indolence, il vienne d’avoir perdu, par prudence ou lâcheté, l’appétit de se heurter au dehors, la faim de se confronter aux hordes.»

C’est en donnant la réplique à une citation que j’obtiens les aphorismes dialogués qui émailleront mon prochain roman. Chaque fois la forme est la même : la phrase d’un auteur qui m’inspire est suivie d’une seule répartie qui la prolonge, la déplace ou la contrarie. Nulle raison que celui-ci fasse exception à la règle arbitraire que je me suis fixée.
Ayant ainsi répondu ce matin à Pascal, je reste pourtant sur ma faim. Avec un peu plus de place, j’aurais volontiers ironisé sur la manière dont, en moraliste qui use de l’arme privilégiée des pédagogues, l’auteur des Pensées écrit : « J’ai dit souvent ». Comme si la répétition d’un propos en accroissait la justesse ! Comme s’il n’appartenait qu’aux plus constants radoteurs de rendre une idée contagieuse !

Nietzsche : « Les choses vraiment grandes ne se démontrent pas.

—Elles se rabachent jusqu’à faire mouche, s’implantent opiniâtrement, se martèlent en tête ! »

J’ai hésité un moment à ne pas répliquer moi-même à Pascal et à prendre Marguerite Yourcenar pour porte-parole :
« Qui serait assez insensé pour mourir sans avoir fait au moins le tour de sa prison ? »
La peur d’être mal compris m’y a fait renoncer.

Sous l’apparence d’une invitation aux plus complètes explorations, avec l’air d’inviter chacun à pousser la curiosité jusqu’aux confins de son monde et de sa condition, l’auteur de L’œuvre au noir, aussi bien que Pascal, fait du détenu l’archétype indépassable de l’homme accompli. Seule change la taille de la cellule, l’échelle de la séquestration où s’opère le salut, entre les murs chez l’un, entre les pôles chez l’autre.

Certains jours, les géants m’enveloppent et m’éclipsent de leur ombre intimidante ; d’autres, ils m’enchantent en symphonie et me disent si bien que je me sens des leurs, engagé dans leur chœur fraternel.

Ainsi, j’en étais là de mes divagations quand, hasard ou miracle, je me trouve à relire Baudelaire. J’avais oublié que dans l’un des petits poèmes en prose, le poète dont je me sens le plus proche recourt aussi au dialogue pour faire l’apologie des chambres d’isolement.


 Un gazetier philanthrope me dit que la solitude est mauvaise pour l'homme; et à l'appui de sa thèse, il cite, comme tous les incrédules, des paroles des Pères de l'Eglise.

Je sais que le Démon fréquente volontiers les lieux arides, et que l'Esprit de meurtre et de lubricité s'enflamme merveilleusement dans les solitudes. Mais il serait possible que cette solitude ne fût dangereuse que pour l'âme oisive et divagante qui la peuple de ses passions et de ses chimères.

Il est certain qu'un bavard, dont le suprême plaisir consiste à parler du haut d'une chaire ou d'une tribune, risquerait fort de devenir fou furieux dans l'île de Robinson. Je n'exige pas de mon gazetier les courageuses vertus de Crusoé, mais je demande qu'il ne décrète pas d'accusation les amoureux de la solitude et du mystère.

 Il y a dans nos races jacassières des individus qui accepteraient avec moins de répugnance le supplice suprême, s'il leur était permis de faire du haut de l'échafaud une copieuse harangue, sans craindre que les tambours de Santerre ne leur coupassent intempestivement la parole.

Je ne les plains pas, parce que je devine que leurs effusions oratoires leur procurent des voluptés égales à celles que d'autres tirent du silence et du recueillement; mais je les méprise.

 Je désire surtout que mon maudit gazetier me laisse m'amuser à ma guise. "Vous n'éprouvez donc jamais, —me dit-il, avec un ton de nez très apostolique—, le besoin de partager vos jouissances?" Voyez-vous le subtil envieux! Il sait que je dédaigne les siennes, et il vient s'insinuer dans les miennes, le hideux trouble-fête!

"Ce grand malheur de ne pouvoir être seul!..." dit quelque part La Bruyère, comme pour faire honte à tous ceux qui courent s'oublier dans la foule, craignant sans doute de ne pouvoir se supporter eux-mêmes.

Et Baudelaire de poursuivre et conclure ce poème en citant précisément la phrase de Pascal avec laquelle j’ai ici commencé. Il s’en prévaut ; je m’en défie.

Il y reconnaît une vérité conforme à sa nature ; j’y soupçonne une facilité d’autant plus séduisante qu’elle complaît à la mienne.

Mais faut-il donc que toute cohabitation des actifs et des contemplatifs soit impossible pour que dure, à jamais et comme à mort, la guerre qui les oppose ! Comment se fait-il que les uns supportent toujours si mal les autres ?

Pour ma part, je me sens l’âme de taille à les supporter tous. Je comprends le guerrier, le coureur, l’agité comme je comprends le moine, l’avachi, le méditant. Peut-être ne m’arrive-t-il d’envier les premiers qu’à l’instant où je me lasse et désole d’être frère des seconds.

Aux uns et aux autres, tour à tour, je donne pleinement raison. Mais alors, n’est-ce pas pour être doté d’un « moi » multiple et équivoque que je ne souffre de solitude qu’au moment où, soudainement et partiellement sourd, je n’entends plus s’élever dans le silence de ma chambre déserte le vivifiant vacarme de leur polyphonie ?